Les six processus fondamentaux de l’ACT
La thérapie d’acceptation et d’engagement ne cherche pas à faire disparaître toutes les pensées difficiles ni à maintenir en permanence un état de bien-être. Elle vise surtout à développer la flexibilité psychologique : la capacité à rester en contact avec son expérience, à s’adapter à la situation et à agir dans la direction de ce qui compte.
Cette capacité repose sur six processus fondamentaux. Ils ne constituent pas six étapes à accomplir dans un ordre obligatoire. Ils fonctionnent ensemble, se renforcent mutuellement et peuvent être mobilisés différemment selon le contexte.
Les trois processus d’ouverture et de présence
Les trois premiers processus aident à modifier notre relation avec l’expérience intérieure et à reprendre contact avec la situation présente.
1. L’acceptation
L’acceptation consiste à faire volontairement de la place aux pensées, émotions et sensations difficiles lorsqu’elles sont présentes. Elle ne signifie ni les apprécier ni se résigner à une situation extérieure.
Au lieu d’attendre que l’inconfort disparaisse avant de vivre, la personne apprend à reconnaître ce qu’elle ressent et à poursuivre une action importante lorsque cela est possible. La peur peut être présente pendant une conversation courageuse ; le doute peut accompagner le commencement d’un projet.
2. La défusion cognitive
La défusion permet de prendre du recul vis-à-vis des productions de l’esprit. Une pensée comme « Je vais échouer » peut alors être perçue comme une pensée, et non comme une certitude ou un ordre auquel il faut obéir.
L’objectif n’est pas de remplacer les pensées négatives par des pensées positives. Il s’agit de réduire leur domination sur le comportement afin de retrouver plusieurs réponses possibles.
3. Le contact avec l’instant présent
Le contact avec l’instant présent consiste à porter délibérément attention à ce qui se déroule ici et maintenant : les sensations, les pensées, les émotions, mais aussi les personnes, les événements et les possibilités offertes par l’environnement.
Cette présence aide à sortir du pilotage automatique. Elle ne demande pas d’arrêter de penser ni d’obtenir un état de calme particulier. L’attention s’éloigne naturellement ; la pratique consiste à remarquer ce mouvement puis à revenir.
Le processus de prise de perspective
Le quatrième processus développe un point de vue plus large sur l’expérience personnelle.
4. Le soi comme contexte
Le soi comme contexte, également appelé soi-observateur, désigne la capacité à observer ses expériences sans se réduire à leur contenu. Une personne peut remarquer une pensée critique, une émotion ou une image d’elle-même sans conclure que cette expérience la définit entièrement.
Cette perspective crée une distinction entre ce qui est observé et l’acte d’observer. Les pensées, les émotions et les rôles évoluent ; la possibilité de les remarquer demeure disponible.
Les deux processus d’orientation et d’action
Les deux derniers processus relient la souplesse intérieure à une manière choisie de vivre.
5. Les valeurs
Les valeurs sont des directions de vie librement choisies. Elles décrivent la manière dont une personne souhaite se comporter dans ses relations, son travail, sa santé ou d’autres domaines importants.
Une valeur n’est pas un objectif que l’on peut terminer. « Obtenir un diplôme » est un objectif ; apprendre avec curiosité ou persévérance peut être une valeur vécue avant, pendant et après son obtention.
6. L’action engagée
L’action engagée transforme les valeurs en comportements concrets. Elle consiste à choisir un pas réaliste, à le mettre en œuvre et à l’ajuster en fonction de l’expérience.
Agir de manière engagée ne signifie pas avancer sans peur, réussir chaque tentative ou rester fidèle à un plan devenu inefficace. L’engagement se manifeste aussi dans la capacité à recommencer, à réduire la taille d’une étape ou à changer de moyen tout en conservant une direction importante.
Comment les six processus travaillent ensemble
Les six processus sont souvent représentés par un hexagone appelé hexaflex. Cette représentation montre qu’aucun processus ne fonctionne durablement de manière isolée.
Imaginons une personne qui souhaite exprimer un désaccord pendant une réunion :
- Elle remarque son anxiété et lui permet d’être présente grâce à l’acceptation.
- Elle observe la pensée « Je vais être rejetée » avec davantage de distance grâce à la défusion.
- Elle revient aux personnes présentes et aux faits de la discussion par le contact avec l’instant présent.
- Elle reconnaît qu’elle éprouve de la peur sans se définir comme une personne incapable grâce au soi comme contexte.
- Elle se rappelle que contribuer avec honnêteté fait partie de ses valeurs.
- Elle formule une remarque mesurée : c’est l’action engagée.
L’objectif n’est pas d’appliquer mentalement cette liste à chaque situation. Avec la pratique, les processus deviennent différentes manières de retrouver de la souplesse lorsque le comportement se rigidifie.
Six processus, mais davantage de concepts
L’ACT comprend d’autres notions importantes qui ne sont pas des processus fondamentaux supplémentaires.
La flexibilité psychologique représente l’orientation générale du modèle. La fusion cognitive et l’évitement expérientiel permettent de comprendre certaines formes de rigidité. Le contextualisme fonctionnel constitue le cadre théorique, tandis que la matrice ACT est un outil d’observation et d’analyse.
Ces notions complètent les six processus sans se confondre avec eux.
L’essentiel pour agir
Les six processus de l’ACT développent une même capacité : accueillir l’expérience présente, prendre du recul sur l’activité mentale, choisir une direction importante et poser une action adaptée.
Ils ne promettent pas une vie sans douleur. Ils offrent des moyens de ne pas laisser toute son existence s’organiser autour de la lutte contre cette douleur. Une question résume leur intention : « Puis-je faire une place à ce qui est présent et choisir un pas vers ce qui compte ? »